Par Le Dindon Normand

Ca y’est ! Enfin ! Concours en poche ! Année de stage validée ! Je vais pouvoir être enfin une vraie maîtresse !

Année 1 :

La rentrée des enfants se fait dans 2 jours, et je suis toujours là, chez moi à attendre désespérément des nouvelles de mon affectation…En juin, comme tous les jeunes dindonneaux sortis de l’œuf-IUFM, j’ai participé au « mouvement », la grande valse des dindons de tout le département. Et dans cette immense basse-cour, où chacun cherche à picorer un poste, je n’ai rien eu, même pas les miettes…Alors j’attends…

Un coup de fil :

- « Mlle, votre affectation pour la rentrée scolaire est à l’école X, dans la ville de Y. Veuillez contacter votre établissement rapidement. Merci. »

 Bon, c’est chouette, non ? Sauf que la ville Y est à 80km. Mais tellement heureuse d’être enfin affectée quelque part, j’appelle :

- « C’est une ouverture de classe, un CM2,en ZEP,, il n’y a pas de matériel alors il faudra me faire vite vos commandes pour la pré-rentrée, d’ailleurs elle a lieu demain. Alors à demain ! »

Bienvenue dans la basse cour ! Tiens je croyais que les débutants ne pouvaient pas avoir de CM2…Et puis en ZEP en plus… Et puis je n’ai aucune idée de ce qu’il faut comme matériel pour des CM2… Et il faut que je regarde les horaires de train pour y aller…Allez, ca va le faire !

Année 2 :

Bon et bien finalement, je m’en suis pas mal sortie…Dur de se lever chaque matin à 5h40 pour prendre le train  mais ca valait le coup quand même, les collègues étaient supers, et les enfants attachants! Je commençais à prendre mes marques.

Mais comme ce poste m’avait été attribué tardivement, je ne peux pas y rester…alors je le quitte, la boule au ventre, car bien entendu, durant la valse annuelle des dindons, je n’ai, une fois encore, pas obtenu de poste…

Septembre : la rentrée est passée depuis une semaine, et je suis là, inutile, en « surnombre » à végéter sur une chaise au fond d’une classe de grande section, observant la maîtresse faire classe, dans une école où j’ai été affectée à 85 km de chez moi (je n’ai pas compris pourquoi, quitte à attendre, je ne pouvais pas le faire plus près, mais c’est comme ça et pas autrement).

Puis on m’appelle enfin pour un poste !90km de la maison. CM1. Zone Violence. Et c’est reparti pour un tour…

Année 3 :

Valse des dindons. Pas de poste. Attente longue. Très longue. Veille de rentrée : pas une info, j’appelle la division du personnel «  Retournez dans votre école de l’an dernier en attendant » J’y retourne donc. A 90 km donc.

Coup de fil :

-« Vous avez un poste ! Dans la même ville (celle à 90 km) Dans un foyer d’aide sociale à l’enfance, vous aurez à vous occuper d’enfants de 3 à 18 ans, déscolarisés, placés par décision de justice, parfois violents, souvent avec problèmes psys »

- «  Mais je suis instit moi, pas psy ni éduc ! »

- « Ne vous en faites pas mademoiselle, vous aurez une formation d’une semaine  sur les postes spécialisés. »

 Me voilà rassurée…

Année 4 :

Cette année fut difficile. Physiquement et surtout moralement. J’espère me rapprocher enfin car le train qui part à 6h32 et celui qui me ramène chez moi à 19h (au plus tôt bien entendu !) commencent à peser sur mon état de santé, de fatigue, sur ma vie de famille…

Miracle ! Il reste quelque chose pour moi durant le grand bal des volatiles. Un peu plus près (45 minutes).Un poste fractionné : les miettes d’autres collègues dindons (décharge de direction, collègue à mi-temps…) Certains élèves m’appellent la remplaçante, même certains collègues du bâtiment d’à côté ne savent toujours pas mon prénom au mois de mars…

Année 5 :

Cette année, je suis encore le dindon-remplaçant, au même endroit, et encore cette semaine, un collègue du bâtiment d’a côté m’a dit « Mais en fait, tu remplaces qui, y’a quelqu’un qui est malade aujourd’hui? »

Alors quand on me dit que les instits ont vraiment la belle vie, des horaires cools, tranquilles dans leur classe, et bien je me retiens de dire « Ben moi, j’ai pas de classe…et je cours entre 2 écoles et 3 classes…et j’ai des RDV/réunions/concertations/ dans ces 3 classes qui bien entendu sont au minimum à 45 minutes de chez moi…et tout ça sans reconnaissance des parents, je ne suis que la remplaçante de la vraie maîtresse ». Mais je ne dis rien de tout ça, je serre mes plumes de jeune dindonneau (plus si jeune que ça !) et attends que ça passe…

Un jour, quand je serai grande, je serai une vraie maîtresse !