« Avec des enseignements regroupés sur seulement quatre jours par semaine, les écoliers français subissent actuellement des journées plus longues et plus chargées que la plupart des autres élèves dans le monde. »

Nous ne pouvons nier cette réalité. Effectivement, actuellement les élèves français ont 144 jours de classe par an contre 187 en moyenne dans les autres pays de l’OCDE. Mais pourquoi ne parle-t-on jamais du nombre d’heures annuelles ? Les écoliers français passent 864h par an sur les bancs de l’école alors que la moyenne pour les écoliers de l’OCDE est de 750h par an … et leurs résultats ne sont pas moins bons. Pourquoi ne pas commencer par alléger ce nombre d’heures afin d’alléger la semaine ?

« La réforme des rythmes scolaires permettra de mieux répartir les heures de classe sur la semaine, d'alléger la journée et de programmer les enseignements à des moments où la faculté de concentration des élèves est la plus grande. »

Cette réforme qui répartit les heures de classe sur la semaine en rajoutant une demi-journée supplémentaire, ne permettra d'alléger ni la journée, ni la semaine des écoliers puisqu’ils resteront pour la plupart autant de temps à l’école. Les activités péri-éducatives (non encore identifiées) ne seront pas forcément moins mobilisantes ou plus calmes qu’un temps de classe, bien au contraire, surtout si celles-ci se résument uniquement à de la garderie supplémentaire.

Notons également que les enseignants sont des professionnels et qu’ils savent organiser l’emploi du temps pour programmer les enseignements fondamentaux aux moments les plus favorables et qu’ils prennent déjà soin de ne pas placer ceux trop impliquant cognitivement pendant la dernière heure de classe pour tenir compte de la fatigabilité qu’engendre une journée d’école.

« Les élèves seront ainsi plus attentifs pour apprendre à lire, écrire et compter, moins fatigués et plus épanouis. »

Les enfants seront davantage fatigués en fin de semaine s’ils n’ont pas la coupure du mercredi, ils ne seront donc pas plus attentifs pour apprendre. De plus, ceux (et ils risquent d’être très nombreux) qui auront une pause méridienne de plus de 2h reviendront en classe énervés et fatigués ce qui  sera préjudiciable aux apprentissages des après-midis.

Bon nombre enfants devront renoncer aux activités de leurs  choix pratiquées actuellement les mercredis ou samedis matin, puisqu’ il y aura école. A quelle heure pourront avoir lieu ces activités ? Tard en semaine ? Nul doute que les enfants  seront plus épanouis et moins fatigués dans de telles conditions…

Pour nous, l'entrée par les rythmes pour refonder l'école et améliorer la réussite de nos élèves est un leurre.

D'autres leviers bien plus constructifs et efficaces devraient être actionnés en priorité :

  • De nouveaux programmes ambitieux mais surtout cohérents et réalisables.
  • Une baisse des effectifs qui favoriserait grandement les enseignements, et permettrait plus aisément la mise en place de pédagogies différenciées en fonction des besoins des élèves. L’enseignant(e) serait évidemment bien plus disponible pour chacun de ses élèves.
  • Le redéploiement sur tout le territoire et au complet des RASED pour les élèves en difficulté.

De plus, la semaine de 4 jours et demi avec les lundis, mardis, jeudis et vendredis écourtés de 45 minutes n’a fait l’objet d’aucune étude. Voulons-nous faire de nos enfants les cobayes de cette expérimentation impréparée, précipitée et coûteuse ?

Une redéfinition de l'école s'impose (Etats Généraux de l'Ecole) tant elle devient un fourre-tout « pédagogique », une annexe de centres de loisirs par une mainmise des communes, dont elles ne veulent pas forcément  (budget alourdi, nouvelles responsabilités qui ne leur incombent pas).

Quant aux associations culturelles et sportives, elles sont gravement mises en péril, des emplois sont en danger. Quand les enfants pourront-ils pratiquer ces activités? Les mairies doivent-elles devenir les régisseuses du temps de loisir des élèves ?