"Monsieur le Ministre,

Il y a déjà quelques temps que je me retiens de vous écrire pour vous exprimer mon indignation face à un comportement incompatible avec la fonction que vous occupez au gouvernement, mais durant la semaine qui vient de s'écouler, vous avez été toujours plus menteur et ignorant dans vos propos, et je ne peux que vous exprimer ma colère.
En effet, j'habite dans une commune de 1800 habitants dans les Deux-Sèvres, département où les statistiques d'application de la réforme dès la rentrée 2013 ont explosé tous les records nationaux, et ce que vous décrivez ne ressemble tellement pas à la réforme telle qu'on la vit ici, que je commence à me demander sérieusement si vous savez de quoi vous parlez. Je suis maman d'un garçon de 8 ans, en classe de CE2, et nous trouvons (aussi bien nous, parents, que lui) que la réalité que vous décrivez reste une fiction.
Lors du JT de 13h du mercredi 13 novembre, vous disiez que le boycott national n'avait pas toujours lieu contre la réforme que vous tentez d'imposer mais soit disant parce que les parents refuseraient que leurs enfants bénéficient de 36 semaines de cours dans l'année. Il serait appréciable que vous citiez les sources qui vous permettent de faire de telles affirmations.
Je suis maman et je vous assure que plus mon fils a de semaines de cours, et plus je suis contente, tout simplement car je pars du principe que plus il a de semaines de cours, plus il a de chances de finir un programme chargé et nécessaire à son éducation.
Pourtant, mon fils n'a pas été à l'école le mercredi en question et ce choix de concertation (entre lui et nous, ses parents), n'est pas dut à ce que vous semblez croire mais simplement au fait que cette réforme est appliquée n'importe comment et surtout trop rapidement.
Par contre, justement parce que nous sommes des parents qui souhaitons que la loi et les 36 semaines de cours dans l'année soient respectées, nous ne comprenons pas que le Directeur Académique ait décidé qu'il n'y aurait pas cours ces 2 demies-journées supplémentaires. Vous qui dites être attaché à ce principe et ne pas vouloir être "celui qui enlève du temps scolaire aux enfants", pouvez-vous me dire à quel moment ces cours auront lieu?
Vous avez aussi, lors du même JT, avancé le chiffre de 20% de jeunes élèves qui peuvent bénéficier des TAP. Mon fils, tout comme ses petits camarades, ne peuvent bénéficier que d'une activité par semaine. Avez-vous compté ce genre de situation, comme le voudrais la logique, comme étant seulement 0,25% et non 1%?
Le même jour au même endroit, vous annonciez que les activités périscolaires seront gratuites. Pourriez-vous me dire à partir de quelle date?
Dans ma commune, la municipalité a voté pour que celles-ci soient payantes. Par contre, dans ce vote, il n'a jamais été dit qu'elles seraient gratuites dans un futur plus ou moins proche.
Dans la foulée, vous disiez "il faut que dans chaque endroit, on se concerte, qu'on trouve les meilleurs solutions et nous, nous sommes là pour aider". J'ai bien entendu mais dans la réalité, pourriez-vous me dire concrètement ce que ça donne? Dans ma commune, la municipalité a fait le choix d'appliquer la réforme sans aucune concertation des parents (que ça soit en direct ou par le biais de l'association des parents d'élèves). Qu'avez-vous fait, vous qui "êtes là pour aider" pour qu'il y ait cette concertation?
Toujours avec Monsieur PERNAUD, vous avez dit "Aujourd'hui, que font les enfants? Ils sont devant la télévision pour la plupart d'entre eux. Ils sont chez eux où à traîner dans les cages d'escaliers.". Au moment précis où vous prononciez ces "belles" paroles, mon fils était en train de lire un livre sur le canapé, ce qui est relativement plus confortable pour lui que la cage d'escaliers. Je m'indigne qu'une homme qui occupe vos fonctions puisse faire de tels raccourcis et avoir autant de préjugés. Certe, mon fils ne vit pas dans une maison de 450m² et la notre est bien meilleur marché que celle que vous possédez. Pour autant, mon fils ne passe pas sa vie devant la télévision ou à traîner dans l'une de nos 2 cages d'escaliers. Non Monsieur le Ministre, dans la vraie vie, celle des Français moyens, les enfants ne passent pas leur vie dans les cages d'escaliers ou le derrière vissé devant le petit écran. Où prenez-vous vos informations? Dans quel monde vivez-vous? Comptez-vous adresser des excuses publiques au milliers de parents que vous avez insultés à travers ces phrases?
Dans votre forme olympique, vous avez ajouté que l'école le mercredi matin ne "coûte pas un sous aux Maires". Oui, effectivement, c'est aux mairies que ça coûte.
Peut être que si vous connaissiez votre sujet, vous auriez réfléchi et vous vous seriez dit que l'école le mercredi génère des frais supplémentaires comme, entre autres, le chauffage (puisque je doute que les mairies laissent tourner le chauffage à plein régime lorsque les écoles sont vides).
Et ce matin aux 4 vérités de Télématin, vous avez déclarez que "tout le monde est pour" la réforme. De qui parlez-vous? Des enseignants qu'on a encore vu dans la rue la semaine dernière? Du personnel municipal qui était à leur côté? Des Maires qui refusent de l'appliquer? Des associations de parents représentatives (je ne compte bien sur pas la FCPE qui, on le comprend, avec une belle subvention de 150 000€ de "rattrapage", ne peut que vous approuver dans toutes vos décisions)?
Dans Télématin, vous affirmez que la réforme demande "des efforts aux adultes". Oui, bien sur, mais ne croyez-vous pas qu'elle en demande aussi pas mal aux enfants?
Dans ma commune, il n'y a malheureusement que peu d'emploi. Les gens travaillent donc plus loin et les enfants sont déposés de bonne heure à la garderie et en repartent tard. La réforme ne change pas cet état de fait mais les empêchent de se reposer, comme ils le pouvaient avant le mercredi (c'est une grande majorité des enfants qui avaient cette possibilité, preuve en est le taux de fréquentation très faible du centre aéré et le nombre important de parents aux grilles de l'école le mercredi midi).
Vous vous posiez la question de savoir comment avaient fait les 4000 communes qui appliquent la réforme, "surtout la plupart en territoire rural". Et bien pour répondre à votre phrase "on dit n'importe quoi souvent et on ne va pas regarder les faits", moi, je vous invite à venir visiter ma commune. Avoir une seule activité par semaine quand on manque de locaux et de matériel (certains enfants font tennis de table sans table), est-ce acceptable pour nos enfants et où sont les bénéfices d'une telle réforme? Venez donc voir sur le terrain Monsieur le Ministre plutôt que de faire de beaux discours sans savoir de quoi il retourne.
Je n'étais à la base ni pour ni contre cette réforme, mais à voir comment elle est appliquée, imposée sans concertation et à la va-vite, je commence à me faire un avis car je pense à présent qu'il valait mieux laisser un système, même imparfait, que de mettre en place un système inégalitaire pour l'ensemble du territoire
En conclusion, vous avez dit à Monsieur PERNAUD que "les adultes doivent donner l'exemple", alors par pitié Monsieur le Ministre, appliquez-vous ce principe avant de demander aux autres de l'appliquer et arrêtez de mentir, de stigmatiser les familles en faisant de certains cas des généralités (souvenez-vous de la cage d'escaliers) et surtout, revenez dans la vraie vie, celle que subissent ceux à qui vous imposez sans savoir.
Dans l'attente de réponses à toutes mes interrogations, je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, mes sincères salutations."