Ce témoignage nous vient d'un parent également professeur des écoles.
Il a fait le bilan une semaine après la rentrée et depuis son avis n'a pas évolué sur cette réforme :

"Voilà, une semaine écoulée avec les nouveaux rythmes scolaires.
Je ne vais pas reprendre tout ce que j'en pense depuis le début, en tant que parent mais aussi en tant qu'enseignant. Ce serait trop long...
Je vais me contenter de présenter les petits "plus" récents :
- les intervenants musique perdent TOUS 1h30 d'intervention sur temps scolaire pour prendre en charge des groupes d'élèves sur le TAP (Temps d'Activité Périscolaire). Pour les enseignants, c'est une perte de qualité de l'enseignement musical à l'école (enseignement obligatoire, avec ou sans intervenant, nous ferons de la musique à l'école). Pour eux, c'est une nouvelle mission : faire de la musique et du chant, sans véritable cadre, sans programmes et surtout c'est une nouvelle gestion des élèves, qui se fera désormais sans la co-intervention de l'enseignant, sur un temps de fin de journée. Malgré tout leur professionnalisme et leur motivation, les conditions ne sont plus du tout les mêmes. Et surtout, ça ne touche qu'une petite partie des élèves qui restent à l'école après 16h... ET SURTOUT (bis), dans deux écoles de la commune, ce temps de musique après l'école ne se fera pas! Ben oui, certains élèves de cycle 3 (CE2, CM1 et CM2) de ces deux écoles font partie d'un orchestre à l'école. Une partie seulement. Et pour cette partie, aucun élève de l'école, CP et CE1 compris, n'aura la possibilité de faire de la musique en activité périscolaire. Bref pour 30 élèves de cet orchestre à l'école, c'est toute l'école (160 élèves) qui est pénalisée.

- les CM1/CM2 ne feront plus natation. Là, c'est le coup de grâce. C'est peut-être ce qui fonctionnait le mieux en terme de sport à l'école depuis des années. La raison? Les après-midis de 2h15 ne sont plus assez longues pour y prévoir trois créneaux de natation. Il faut donc éliminer des élèves. Finalement, faire sortir les CM du planning est un bon choix me direz-vous. Il vaut mieux virer les grands que les petits. Oui, c'est sûr, quoi que certains grands ne savent pas encore nager et qu'arrêter ce cycle ne leur aura pas laissé assez de temps pour prendre un peu d'assurance sur du long terme. De toute façon, pour les grands comme pour les petits, toucher à la natation à l'école ne sera, à terme, pas une bonne chose.
De plus, l'encadrement était jusqu'ici assuré par des MNS diplômés et compétents. Désormais, les enseignants devront également prendre en charge un groupe. Je sais que c'est souvent le cas dans les autres communes, il n'empêche que l'on perd encore un acquis suite à la réforme. Et que ça plaise ou non, un enseignant qui doit en plus surveiller les élèves dans les vestiaires, gérer les bobos/les malades et les allers-retours en car ou à pied, ne fera jamais le boulot d'un MNS formé pour ce qu'il fait, qui a le temps de préparer/ranger son matériel et qui peut réceptionner calmement chacun de ses groupes, sans se soucier de tous les autres détails.
Mais c'est pas grave, l'année prochaine on pourra récupérer (voler?) les créneaux patinoire des petits, qui devront accepter de ne plus en faire! Mais là aussi, les temps changent. Avant, le transport était compris dans le pack. Depuis peu, l'école doit financer le transport. Finalement, on va peut-être laisser la patinoire aux petits.

- les après-midis, 2h15 (avec récréation!!!), passent à une vitesse folle. Et c'est peut-être l'élément de ce dossier le plus difficile à gérer. D'ailleurs, ce temps est tellement court que même nos séances de sport sont réduites... Qu'on ne me parle plus de l'importance du sport à l'école, des élèves en surpoids et des risques d'une mauvaise hygiène de vie chez les enfants !
J'en profite pour rappeler que pour le moment, les programmes n'ont pas changé. Et que depuis la perte de deux heures par semaine pour tous les élèves de France lors du passage à la semaine de 4 jours, les programmes sont les mêmes. Les enseignants français sont tellement forts qu'ils sont capable de faire en 24h ce qu'ils faisaient en 26h.

- la réforme coûte cher. C'est officiel, ça coûte de l'argent. J'ai eu vent de la somme nécessaire à la mise en place des nouveaux rythmes pour cette année scolaire. Malgré l'aide de l'état accordée aux communes qui ont accepté de se précipiter dès cette rentrée, on parle de plusieurs centaines de milliers d'euros. En temps de crise, c'est rude.

- Et le comble. C'est que pour les enfants qui ont des parents qui travaillent, ou qui ont des parents qui ne veulent pas les récupérer à 16h (au choix hein, récupérer le petit Kévin à 16h et l'avoir dans les pattes jusqu'au coucher n'est pas forcément gage de réussite éducative et de bien-être familial), les journées sont toujours aussi longues. On les récupère à 17h30. Sauf que maintenant, il y a le mercredi... Et donc certaines activités qui se pratiquent au sein d'associations ou d'école de musique/conservatoires qui se faisaient sur cette pause dans la semaine se font le soir, après l'école. Donc, les journées sont les mêmes, voire plus longues. Le pire là-dedans, c'est que dans ma commune d'habitation qui ne pratique pas les nouveaux rythmes, par exemple, l'école de musique a décidé de ne plus recevoir les enfants le mercredi matin! Pourquoi? Ben parce que quelques enfants de la ville scolarisés dans des communes voisines passées à la semaine de 4 jours et demi ne peuvent plus venir. Oui, MAIS c'est un conservatoire à rayonnement communal ! COMMUNAL !!! C'est-à-dire sur la commune!!! Pas intercommunal !!! Allo? Non mais allo quoi!? (désolé)

Bref, une réforme qui n'est pas adaptée aux rythmes des familles, qui crée des injustices d'une commune à l'autre (gratuité/coût des activités, qualité des animations - dans certaines communes les élèves n'ont que garderie! - lieux d'accueil adaptés etc.), qui bouleverse le fonctionnement des associations et j'en passe... Mais aussi et surtout une réforme qui coûte cher, est-elle une bonne réforme?
L'an prochain, ce sont toutes les communes de France qui devront partir. Même celles qui ont un budget serré, des difficultés d'accueil et peu de personnel. Et cette fois-ci, ça se fera sans aide de l'état.
Nous sommes tous concernés, parents, enseignants et, même vous, qui n'avez plus aucun lien avec l'école, mais qui êtes imposables (va bien falloir la financer cette réforme!).

Êtes-vous prêts pour l'école de demain?"